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1660-1673 : Tressanges ou l’ascenseur social du duc de Noailles

Patronymes et toponyme Tressanges à Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle

D 8 mai 2021     H 11:40     A Pierre     C 0 messages


D’où vient le toponyme "Tressange", un hameau de quelques maisons à Saint-Bonnet ?
J’ai eu envie d’en savoir plus sur ce nom de lieu et j’ai découvert une histoire qui nous emporte loin de Saint-Bonnet.

Autrefois Tarassanges, ce nom désigne à la fois un toponyme, aujourd’hui Tressange et un patronyme, celui d’une famille Tarassanges qui a vécu dans ce lieu aux 16ème et 17ème siècles et peut-être avant. Un membre de cette famille, mort en 1672 à Perpignan, a transformé son patronyme en Tressanges. C’est cette version du nom qui nous est restée aujourd’hui, même si le cadastre de 1834 écrit "Traissange", et un panneau indicateur "Treyssange" pour ce lieu. Variabilité des orthographes...

Internet, avec ses bases de données de plus en plus fournies et ses moteurs de recherche de plus en plus performants, est devenu au fil des années une source précieuse pour les chercheurs et les historiens. Et ce n’est qu’un début…

L’histoire racontée ici est une synthèse de documents provenant des Archives Départementales de la Corrèze et des Pyrénées-Orientales et d’études diverses. Toutes ces sources sont présentées en annexe de ce récit.

Cette page de l’histoire de Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle se compose de faits avérés et d’hypothèses faites par le rédacteur. Chaque fois que les hypothèses seront présentées, elles seront identifiables par le lecteur. Une hypothèse reste incertaine aussi longtemps qu’elle n’a pas été confirmée par des pièces justificatives.

Résumé des faits :

Le 21 septembre 1672, Antoine Tressanges décède à Perpignan (Province du Roussillon, aujourd’hui Pyrénées-Orientales).
Il exerçait de son vivant la fonction de « matriculat mercader » (littéralement "commerçant inscrit"), chargé de l’approvisionnement en vivres de la Citadelle de Perpignan sous les ordres du duc Anne de Noailles.
Le jour de son décès, il fait son testament, par lequel il lègue tous ses biens à deux héritiers : son épouse Marie Travi et son neveu Henri Pagésie, maçon (« architector ») au hameau de La Roffie à Saint-Bonnet-le-Pauvre en Limousin.
Mais Antoine Tressanges est fortement endetté envers le duc de Noailles, et ses deux héritiers renoncent à l’héritage, au profit de trois bourgeois de la ville de Perpignan qui se portent garants du règlement de la dette.
Henri Pagésie et son père Jean se rendent à Perpignan pour effectuer les formalités requises.

Contexte historique

Nous sommes sous le règne de Louis XIV, (durée de 72 ans, de 1643 à 1715). De 1635 à 1659 la France et l’Espagne sont en guerre. Celle-ci prend fin avec le Traité des Pyrénées, le 7 novembre 1659. La frontière actuelle entre les deux royaumes est tracée. Le Roussillon est annexé par la France. Le 1er février 1660, Louis XIV nomme le duc Anne de Noailles gouverneur de la province du Roussillon.

Les personnages

Antoine TRESSANGES
Nous ne connaissons à ce jour ni la date ni le lieu de sa naissance. C’est peut-être à Saint-Bonnet-le-Pauvre.
A cette époque, les registres paroissiaux de Saint-Bonnet contiennent des actes concernant une ou plusieurs familles portant le patronyme Tarassanges, originaires du hameau de Tarassanges. Ce hameau porte aujourd’hui le nom de Tressange.
Antoine part pour le Roussillon entre 1660 et 1667.
Il épouse Maria Travi (ou Travy) (date inconnue).
En 1667, Antoine Tressanges « olim fermier de las rendas del Domene » (jadis fermier des loyers du domaine) fait procès au curé de Saint-Laurent-de-Cerdans (66)
Il décède à Perpignan le 21 septembre 1672, alors qu’il exerce la fonction de « matriculat mercader », garde des magasins des provisions de bouche de la citadelle de Perpignan.
Un inventaire de ses biens est fait après son décès (21 septembre, 23 novembre 1672 et s. d.).

Marie TRAVI
Epouse d’Antoine Tressanges, d’origine catalane. Elle hérite de lui à son décès, le 21 septembre 1672. Elle ne sait pas signer à cette date.
Veuve, elle se remarie en 1675 avec François Romanya [1], viguier de Roussillon et de Vallespir (†1679).

Magdelaine TRESSANGES (Tarassanges)
Elle est la sœur d’Antoine, épouse de Jean Pagésie, née vers 1631, inhumée à Saint-Bonnet-le-Pauvre le 5 avril 1671 à l’âge de 40 ans, soit 18 mois avant le décès de son frère. Elle habitait le hameau de la Roffie.

Henri PAGESIE
Henri est neveu d’Antoine Tressanges, Il est fils de Jean Pagesie et de Magdelaine Tressanges, sœur d’Antoine. Sa date de naissance est inconnue. Il est maçon (« architector »). La famille habite le hameau de la Roffie, à Saint-Bonnet-le-Pauvre.

Jean PAGESIE
Il est le père de Henri Pagésie, veuf depuis le décès de son épouse Magdelaine Tressanges, le 5 avril 1671.

Le duc Anne de NOAILLES
Blason de la famille de Noailles
Anne de Noailles (1620-1678) (Voir sur Généanet), marquis de Montclar, puis comte d’Ayen puis (1663) 1er duc de Noailles, marquis de Mouchy, baron de Chambres et de Malemort,.
Arrière-petit-fils d’Antoine de Noailles, 1er comte de Noailles, protégé de Jules Mazarin, il joua un rôle important sous la Fronde et durant les premières années du règne de Louis XIV. Maréchal de camp le 28 mai 1643, il fut premier capitaine des Gardes du Corps du Roi en 1648, lieutenant général le 12 septembre 1650, puis gouverneur de la province du Roussillon nouvellement rattachée au royaume, le 1er février 1660.
Il est fait chevalier de l’ordre du Saint-Esprit le 31 décembre 1661. En décembre 1663, il est fait duc de Noailles et pair de France.
En premières noces, avant 1640, il épouse Camille de Pestels de Polminhac (voir sur Généanet) ; le couple reste sans enfants. En 1640, Camille fonde le couvent bénédictin de Vic-sur-Cère et elle est nommée prieure en 1647.
Le 13 décembre 1645, probablement après dispense par le Vatican, Anne de Noailles épouse Louise Boyer (1632-1697), dame d’atours de la reine Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683). Ils eurent six enfants.
Il décède le 15 février 1678.

Parmi les ancêtres d’Anne de Noailles, on trouve un Jean III de Noailles décédé après 1479 - Chevalier - Seigneur de Pénières et de Noailles. Il épousa en 1470 Gasparde de Merle, Dame de Merle
Voir ici la généalogie de la famille de Noailles.

Le recrutement d’Antoine Tressanges par le duc de Noailles

(hypothèses)

Nous n’avons à ce jour aucun document disponible sur ce recrutement, sa date et ses conditions.
Le contexte historique de l’annexion du Roussillon par la France permet cependant de faire quelques hypothèses.
Le Roussillon est une province d’Espagne jusqu’en novembre 1659 (Traité des Pyrénées). Une partie de la population catalane de cette province considère à ce moment la France comme une puissance occupante, et le gouvernement local mis en place par le duc de Noailles à partir de février 1660 se heurte à son hostilité et à ses actes de résistance.
Pour gouverner, le duc de Noailles doit donc s’appuyer sur des équipes d’hommes de confiance venant de France et sur des seigneurs locaux qui avaient déjà fait le choix de la France.
La Corrèze est le pays d’origine de sa famille. Son château, dans le bourg de Noailles, est à 4 km au sud de Brive. Il dispose de réseaux familiaux qui lui permettent d’identifier des candidats potentiels utiles pour son projet. Son épouse Camille de Pestels de Polminhac est très proche des coseigneurs de Merle.
Pour mieux comprendre le contexte difficile du Roussillon en cette période, dans le chapitre "Sources" la biographie de François Romanya, qui épouse en 1675 Marie Travi, veuve d’Antoine Tressanges.
Quelques documents validant ces hypothèses seraient les bienvenus. Le hasard des recherches nous permettra peut-être de les découvrir.
Ce qui est certain : à partir d’une date comprise entre 1660 et 1667, Antoine Tressanges est devenu « fermier de las rendas del Domene » (fermier des loyers du domaine), puis, jusqu’à son décès en 1672, « matriculat mercader », chargé de l’approvisionnement en vivres de la Citadelle de Perpignan, sous les ordres du duc Anne de Noailles.

L’émigration des Auvergnats et Bas-Limousins vers l’Espagne et la Catalogne au 17ème siècle


Source : LE COMMERCE ATLANTIQUE FRANCO-ESPAGNOL - Guy Saupin, Jean-Philippe Priotti - Presses Universitaires de Rennes - 2008

Dans le cas du commerce transfrontalier, les partenaires commerciaux des acteurs les plus actifs, sont la plupart du temps des marchands installés à Sant Julià (Andorre), à Puigcerdà ou à la Seu d’Urgell (Catalogne). Bon nombre de ces marchands tenant boutiques en Andorre ou en Catalogne sont des Auvergnats comme Antoine Lavernhe, ou des Limousins comme Jean Delfraiche, Antoine et Pierre Rousseau ou, à la Seu d’Urgell, les associés Jean Raufié et Étienne Magnac. Pour eux aussi, nous avons parfois mention de « sociétés », dont la base familiale doit être la plus courante (père et fils comme Antoine et Pierre Rousseau, de Beaulieu-sur-Dordogne ; frères pour Jean et Pierre Magnac, de Saint-Cirgues-la-Loutre [2]). Dans certains cas, l’association faisait l’objet d’un contrat notarié destiné à en préciser les conditions ; la fin de l’association donnait aussi lieu à un acte rappelant les opérations qui avaient été faites par les partenaires lors de leurs campagnes. Par exemple, le 17 août 1651, les marchands bas-limousins de Saint-Geniez-ô-Merle, Pierre Magnac et Jean Merlanges, mentionnent qu’ils ont été associés pour faire le trafic de marchandises en Catalogne jusqu’au 6 mars précédent et qu’ils y ont consenti des obligations à plusieurs marchands [3]. Abel Poitrineau [4] considère qu’une partie des contrats de sociétés, spécialement de ceux qui associent des membres d’une même famille, nous échappe pour avoir été purement verbaux (« conformément à une habitude bien enracinée chez les habitants de la Haute-Auvergne, et qui voulait que les transactions reposassent généralement sur une entente verbale »), pour les uns, sous seing privé, pour beaucoup d’autres. Un certain nombre furent aussi établis sur les lieux de la migration.

L’apprentissage est une autre modalité des relations contractuelles entre deux partenaires éminemment inégaux, l’un faisant du commerce pour son compte, l’autre, beaucoup plus jeune, s’y initiant. Les informations sur l’apprentissage que j’ai recueillies ne sont pas abondantes et ne permettent pas d’en tirer des conclusions. Le 14 mai 1660, Jean Rauffie, marchand de Saint-Bonnet-le-Pauvre (Bas-Limousin), prend en apprentissage, pour deux ans, Jean-Hippolyte Sarrauste, fils d’un chirurgien de Laroquebrou. Le marchand s’engage à le conduire à La Seu d’Urgell et « lui enseigner du mieux qu’il lui sera possible son métier de marchand et apprendre à lire et à écrire [5] ». Dans ce cas, que l’on ne peut généraliser compte tenu qu’il est unique dans le corpus utilisé, on voit que le maître engage son apprenti avant son départ, peut-être sur sa route, ici dans la petite ville auvergnate de Laroquebrou, à proximité de la zone auvergnate d’émigration.

L’ascenseur social descend...

Quand Antoine Tressanges décède en 1672, il a accumulé une dette très importante envers son employeur le duc de Noailles. Les dettes en argent se montent à 11.554 livres plus des dettes en grain se montant à 612 charges [6] 5 mesures de blé. Un joli surendettement !
Comment en est-il arrivé là ? La réponse reste inconnue.

Le testament d’Antoine Tressanges du 21 septembre 1672

Il est rédigé le jour de son décès, pratique assez courante à cette époque. Il est écrit dans une langue qui mélange le catalan ancien et le latin, ce qui n’en facilite pas la compréhension. Mais on y retrouve les principaux éléments habituels d’un testament de cette époque :

« Petio en nom de nostre Senyor, je Antoni Tressanges mercader matriculat de la vila de Perpinya »

- une introduction dans laquelle le testateur déclare que, malgré sa maladie, il est suffisamment sain d’esprit pour savoir ce qu’il fait : « ab mon bon siny, plena memoria ferma », et il annule toutes les dispositions prises avant ce testament : « y anullo tots y quals eure altres testaments, codicils, donations per causa de mort »

- un corps principal présentant ses dernières volontés :
- il désigne le lieu où il veut être enterré « la sepultura ... en la sementier de la Iglesia major de Sant Juan de la pnt vila » (la sépulture … dans le cimetière de l’église majeure de Saint-Jean [7] de la présente ville [de Perpignan])
- il prend des dispositions financières (obit) destinées à assurer le salut de son âme, dont la célébration de « six centas missas » (600 messes !) et donne des sommes d’argent à plusieurs personnes. Certaines de ces sommes sont données à titre d’obit, pour le paiement de messes anniversaires.
- Il désigne comme héritier « Henric Pagesia mon nebot, fils legittim y natural de Joan Pagesia y de Magdalena Tressanges muller sua y germana mia a totas sai liberas voluntats perpetuament sa hedoras » (Henri Pagésie mon neveu, fils légitime et naturel de Jean Pagésie et de Magdelaine Tressanges sa femme et ma soeur de toutes ses libres volontés perpétuellement son héritier)


Inventaire des biens d’Antoine Tressanges

Il est dressé entre le 15 octobre et le 24 novembre 1672, écrit en catalan et en latin (fin du testament et introduction de l’inventaire).
L’inventaire ne concerne que des biens situés en Roussillon : une maison à Perpignan, paroisse Saint-Jean, deux maisons, des bergeries, un colombier et des terres à Pollestres, des terres à Bages. Il comprend aussi un état des créances. Il mentionne également des archives concernant sa fonction de « garde des magasins » de la citadelle de Perpignan. Figurent enfin dans la même liasse des listes de mobiliers et de vêtements retrouvés dans sa maison de Perpignan et appartenant au duc de Noailles (21 septembre, 23 novembre 1672 et s. d.)

L’inventaire de ses biens nous apprend qu’il avait une bibliothèque contenant, entre autres, ces 2 ouvrages (dans l’inventaire, les titres sont traduits en catalan).
« Ainsi en 1672, lo cosiner francès (le cuisinier français), lo medecin caritable (le médecin charitable), titres d’ouvrages couchés dans l’inventaire après décès du mercader Tressanges. » [8]. Dans un premier temps, j’en déduisais qu’Antoine parlait couramment le catalan. Mais "Le Cuisinier Français" et "Le Médecin charitable" sont des livres en français, le premier publié à Paris en 1651 (1ère éd.), et le second à Toulouse en 1623. On ne peut donc pas en déduire qu’Antoine Tressanges parlait couramment le Catalan.

Exclusif : lisez en version originale les livres de la bibliothèque d’Antoine Tressanges
La seconde édition (1652) du "Cuisinier françois [français]" est consultable ici. Et si vous essayiez ses nombreuses recettes ! La première édition (1623) du "Médecin charitable" est consultable ici. Les médecines à la mode au 17ème siècle !

19 Décembre 1672 - Henri Pagésie et son père Jean vont de Saint-Bonnet-le-Pauvre à Perpignan pour faire le point sur l’héritage

Un héritage empoisonné est entre les mains de Marie Tressanges et d’Henri Pagésie, car ils ont surtout hérité des dettes d’Antoine Tressanges, et le Duc de Noailles n’a pas renoncé à récupérer l’argent (11.554 livres) et le blé (612 charges 5 mesures) qui lui sont dus.

Ce lundi 19 décembre 1672 Henri Pagésie et son père Jean sont à Perpignan chez le notaire pour signer un acte appelé « obligation » qui remet les dettes entre les mains de bourgeois de la ville : don Alexis de Senesterra, Bonnaventure Garrous marchand de cette ville et Andreu Bonnet, Francisco et Joseph ses enfans bourgeois de Perpignan. Ils s’engagent sur leurs biens propres à rembourser le Duc de Noailles. Les modalités de cette opération sont précisées dans le document ci-dessous.

L’an Mil six cens soixante douze le dix neufiesme jour du mois de decembre après midy pardevant nous notaire royal soubsigné, pris les témoins bas nommez ont comparu en leurs personnes Mr Bertrand Barucol secrétaire coprocureur en cette partie de très hault et très puissant seigneur Messire Anne de Noailles Pair de France chevallier des ordres du Roy premier cappitaine des gardes du Corps de sa Majesté gouverneur et capitaine general de Roussillon et Perpignan comme appert de la procuration dudit seigneur du quatriesme d’octobre dernier à moi exhibée, Marie Tressanges veuve et usufructaire des biens de feu Antoine Tressanges son mary vivant garde des magazins des munitions de bouche de la Citadelle de Perpignan, Henry et Jean Pagesie du village de la Rofie parroisse St Bonnet le pauvre diocese de Tulle en Limozin, ledit Jean Pagesie tant en son nom propre et privé nom que comme curateur créé par auctorité de justice dudit Henry Pagesie son fils héritier universel dudit feu Tressanges son oncle, lesquelz Marie Tressanges, Henry et Jean Pagesie esdits noms de leur bon gré et volonté suivant et conformément à la sentence rendue par Monsieur Cartier intendant de justice, police et finances en Roussillon du quinziesme du présent mois cy joincte se sont obligez et ont promis auxdit seigneur Duc de Noailles absent et pour luy audit Sr Barutel son procureur presant stipulant et acceptant de luy payer ou à son ordre, la somme de unze mil cinq cens cinquante quatre livres monnoye de France dans six mois prochains venans et la quantité de six cens douze charges cinq mesures de bled net bon et conditionné à la récolte prochaine rendu dans la ville ou Citadelle de Perpignan entre les mains du Sr Guillaume Couloudres habitans de Perpignan receveur dudit la Soranie ou de celluy qui aura soing des affaires dudit seigneur en cette ville, ladite somme de deniers et grains deubz audit seigneur duc de Noailles pour les causes mentionnées en ladite sentence est pour l’exécution de ce que dessus sont intervenus don Aleix de Senestere, Bonnaventure Garrous marchand de cette ville et Andreu Bonnet, Francisco et Joseph ses enfans bourgeois de Perpignan, lesquelz volontairement ce sont rendus pour ladite Marie Tressanges, Henry et Jean Pagesie plaiges cautions et principaux payeurs de ladite somme et grains, scavoir lesdits Aleix de Senestere et Bonnaventure Garrous pour la somme de six mil six cens livres seullement, en acquict et desduction de celle de unze mil cinq cens cinquante quatre livres sy dessus, et lesdits Sr Bonnet pere et filz seront et demeureront solidairement obligez avec ladite Marie Tressanges et Pagesie pour les surplus et la totalité de ladite somme de unze mil cinq cens cinquante quatre livres et pour la susdite quantité de six cens douze charges cinq mesures de bled, quilz promettent payer solidairement comme dict est l’un pour l’autre et un chacun d’eux seul pour le tout sans division daction ordre de droict et de discution à quoy ils ont par exprez renoncé, et se sont obligez sous les mesmes peines et obligations que dessus, renonçant à l’hautanticque, introduction en faveur des cautionez et à tous autres brevetz et exceptions à ce contraires, moyennant lequel dit payement des deniers er grains ledit Sr Barutel audit nom a ceddé les droictz hypothequés que ledit Seigneur a et pouvoit avoir sur les biens et effectz dudit feu Tressanges pour raison des deniers et grains cy dessus à ladite Marie Tressanges Henry et Jean Pagesie, Senestere, Garious et Bonnets coobligés sans pourtant que ledit seigneur Duc soit obligé à autre garantie que de ses faictz seullement promettans lesdits Marie Tressanges et Pagesies de relever et indemniser lesdits Sr de Senestere Garious et Bonnets de tout principal despens dommages et interetz, aussy soubz les mesmes obligations que dessus, Mesmes consentent lesdits Sr Barutel, Marie Tressanges et Pagesies esdits noms que pour faire lesdits payemens et seureté desdites cautions les biens et effectz délaissez par ledit feu Tressanges soyent remis comme presentement ilz les remettent au pouvoir desdits Sr Senestere Garious et Bonnets cautions, pour d’iceux en faire vente et les deniers qui en proviendront estre remis et deposez entre les mains dudit Guillaume Coulondres jusques a la concurance de ce qui est deub audit Seigneur dont ledit Baruict audit nom promet faire ... sur les receus dudit Sr Coulondres pour les susdites sommes, sans toutefois que le consentement sy dessus accordé ausdits Sr cautionné puisse porter aucun prejudice ny retardement au payemens dudit Seigneur Duc de Noailles, et pour l’observation de ce dessus, lesdites parties chacun en ce qui le concerne ont obligé tous leurs biens et ainsy l’ont promis et juré.

Faict et passé à Perpignan en l’estude de moy notaire ez presances dudit Guillaume Couloudres et André Marcouret marchand de cette ville.

Signez avec lesdits Sr de Senesterre, Barutel, Garrieux et Bonnet et Nous Jean Albafulla, et Jean Ranchoup notaires Royaux de Perpignan soubsignez, ladite Marie Tressanges a déclaré ne scavoir,

Les signatures de Jean et Henri Pagesie, à Perpignan le 19 décembre 1672.

Le toponyme Tressange à Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle

De Tarassanges à Tressange en passant par Traissange, il s’agit bien du même lieu.
Un toponyme qui est aussi un patronyme, comme cela est courant dans cette région.
Dans le temps, est-ce le patronyme qui précède le toponyme, ou l’inverse ? Difficile de donner une réponse certaine à cette question.

L’exemple du patronyme Pagesie, dont il est question dans cette page, très présent dans le hameau de La Roffie au 17ème siècle est intéressant, car Pagesie est à la fois
- un patronyme,
- un toponyme : La Pagésie, hameau de la commune voisine de Sexcles
- et au Moyen-âge un mode de relation entre un seigneur et ses sujets. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1ère ed. 1751) en donne la définition suivante : PAGESIE, s. f. (Jurisprud.) quasi tenementum paganorum, est une espèce de tenure solidaire, en vertu de laquelle le seigneur peut s’adresser à celui des co-détenteurs qu’il juge à propos, & le contraindre au payement de la totalité des cens & rentes. Cette espèce de tenure se trouve spécifiée dans les terriers de plusieurs seigneuries dans le Velay, le Forès, le Bourbonnois, & l’Auvergne ; c’est la même chose que ce qu’on appelle tenir en fraresche dans les pays d’Anjou, Touraine, & Maine, ou que les masures en Normandies.
Dans ce cas, qui vient en premier ?

Sources

Archives Départementales des Pyrénées-Orientales

1 C 869 - Procès à la cour du domaine entre Antoine Tressanges « olim fermier de las rendas del Domene » et Jean Bosch, prêtre et curé de St Laurent de Cerdans, au sujet du paiement par le dit Bosch du « dret de amortizatio y cello degut al Rey per raho de algunas fondacions eo adquisitions fetes per la dita rectoria de personas laicas [9] » (1667)
BNF Gallica : Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790. Pyrénées-Orientales : Archives civiles, tome second, série C,

1 C. 1516. — Gouvernement et capitainerie générale de Roussillon…. — Sentences, procurations, inventaires et autres actes concernant une dette de 11,554 livres que les héritiers de feu Antoine Tressanges, garde des magasins des provisions de bouche de la citadelle de Perpignan, ont été condamnés à payer à Anne de Noailles, gouverneur et capitaine général de Roussillon ; — Henri Pagesie, du village de la Rofie, paroisse de Saint-Bonnet-le-Pauvre en Limousin, héritier dudit Tressanges, renonce à la succession en faveur de don Alexis de Senesterra, de Bonaventure Garrius et d’André Bonet, bourgeois de Perpignan, qui demeurent chargés de payer audit capitaine général la somme et 612 charges 5 mesures de blé.

Courrier reçu le des Archives Départementales des Pyrénées-Orientales

Perpignan, le 15 février 2021

Monsieur,

En réponse à votre demande du 9 février dernier, j’ai l’honneur de vous informer que l’inventaire après décès d’Antoine Tressanges, mercader matriculat de Perpignan, est classé dans le fonds de l’intendance de Roussillon (sous-série 1 C), dans la liasse cotée 1 C 1516. Avant d’aborder la question de la numérisation de cet acte, je tiens à vous apporter des informations sur le contenu du dossier.
L’inventaire sommaire de la sous-série 1 C des Archives départementales des Pyrénées-Orientales décrit ainsi les pièces relatives à Antoine Tressanges :
« sentences, procurations, inventaires et autres actes concernant une dette de 11,554 livres que les héritiers de feu Antoine Tressanges, garde des magasins des provisions de bouche de la citadelle de Perpignan, ont été condamnés à payer à Anne de Noailles, gouverneur et capitaine général de Roussillon » (s. d.).
Le dossier Tressanges contient dix pièces papier rédigées en 1672. Les principales sont le testament, du 21 septembre 1672, mentionnant au verso la date du décès d’Antoine / Antoni Tressanges (obiit cum presenti, 21 septembres 1672), et l’inventaire après décès dressé entre le 15 octobre et le 24 novembre 1672. Ces deux actes sont écrits en catalan et en latin (fin du testament et introduction de l’inventaire).
Les héritiers d’Antoine Tressanges sont sa veuve Marie / Maria et son neveu Henry / Henrric Pagesie / Pagesia. D’après le testament, Henrric Pagesia est le fils de Joan Pagesia et de Magdalena Tressanges, sœur défunte d’Antoine. Selon une obligation du 19 décembre 1672, présente dans le même dossier, Henry et Jean Pagesie sont du village de la Rofie, parroisse St Bonnet le pauvre diocèze de Tulle en Limozin.
L’inventaire ne concerne que des biens situés en Roussillon : une maison à Perpignan, paroisse Saint-Jean, deux maisons, des bergeries, un colombier et des terres à Pollestres, des terres à Bages. Il comprend aussi un état des créances. Il mentionne également des archives concernant sa fonction de « garde des magasins » de la citadelle de Perpignan. Figurent enfin dans la même liasse des listes de mobiliers et de vêtements retrouvés dans la maison de Perpignan et appartenant au duc de Noailles (21 septembre, 23 novembre 1672 et s. d.).

La Directrice des Patrimoines

Dictionnaire de biographies roussillonnaises - Abbé J. Capeille – Perpignan - 1914

ROMANVA (François), citoyen honoré de Barcelone, adopta le parti de la France, à l’époque des guerres de Catalogne. Dès le mois d’août 1653, Louis XIV lui fit donation de rentes sur les biens que le rebelle Emmanuel d’Oms possédait à Vingrau et à Tautavel. François Romanya avait le commandement d’un escadron de cavalerie dans le régiment du Roussillon, et le 19 mai 1655, il reçut donation des biens dont avaient été dépouillés Raphaël de La Trinxeria, bourgeois de Prats-de-Mollo, et le docteur Maurice Cornet, de Puigcerda. Nomrné viguier de Roussillon et de Vallespir, il fut chargé de recevoir le serment de fidélité que les nobles roussillonnais furent dans l’obligation de prêter au gouvernement français, dans le courant des mois d’aoùt et de septembre de l’année 1664. D’un premier mariage, François Romanya avait eu quatre enfants : Sauveur,dont la notice suit ; Paule, épouse de Joseph Bonet, docteur en droit, bourgeois de Perpignan ; Thérèse ;.et François, qui ayant fait profession religieuse au couvent de Saint-Martin du Canigou, était, en 1703, camérier de cette abbaye et, comme tel, seigneur de Casefabre. Devenu veuf, François Romanya convola en secondes noces, durant l’année 1675, avec Marie de Travi, veuve d’un rnercader de Perpignan, appelé Antoine Tressanges. François Romanya mourut en1679. Son corps fut enseveli dans l’église des Carmes déchaussés de Perpignan (école Voltaire actuelle),devant l’autel de la Vierge.Archives des Pyr.-Or., B. 394, 401, E. (Titres de famille), 652

Les patronymes TARASSANGES et PAGESIE à Saint-Bonnet-le-Pauvre

En 1584, un notaire Tarassange exerce à Saint-Bonnet (AD19 5 F 77 Collection docteur Paul Morély)

Les familles PAGESIE et TARASSANGES dans les registres paroissiaux de Saint-Bonnet-les-Tours-de-Merle (Archives Départementales de Corrèze).

Baptêmes
PAGESIE Jean (la Roffie) fils de Jean PAGESIE et Jeanne LALO : Le 27/12/1667
PAGESIE Jeanne (Fournols) fille de Antoine PAGESIE et Marguerite RANTIERE : Le 11/12/1668
PAGESIE Anne (Fournols) fille de Antoine PAGESIE et Marguerite RENTIERE : Le 15/05/1670
PAGESIE Jean (Bourg) fils de Jean PAGESIE et Jeanne LALO : Le 21/12/1670
PAGESIE Toinette (Fournols) fille de Antoine PAGESIE et Marguerite TOURNEMIRE : Le 25/04/1673
PAGESIE Jean (La Roffie) fils de Jean PAGESIE et Jeanne TARASSANGES : Le 03/06/1673
PAGESIE Antoine (la Roffie) fils de Jean PAGESIE et Jeanne TARASSANGES : Le 06/01/1676
PAGESIE Pierre (Fournols) fils de Antoine PAGESIE et Marguerite TOURNEMIRE : Le 09/02/1676
PAGESIE Catherine (la Roffie) fille de Jean PAGESIE et Jeanne TARASSANGES : Le 27/02/1678
PAGESIE Helys (Fournols) fille de Antoine PAGESIE et Marguerite RANTIERE : Le 28/10/1678
PAGESIE Jeanne (la Roffie) fille de Jean PAGESIE et Jeanne TARASSANGES : Le 06/04/1681
PAGESIE Helys (Fournols) fille de Antoine PAGESIE et Marguerite RANTIERE : Le 04/04/1682
PAGESIE Anne (la Roffie) fille de Jean PAGESIE et Jeanne TARASSANGES : Le 24/01/1683
PAGESIE Pierre (Fournols) fils de Antoine PAGESIE et Marguerite RENTIERE : Le 27/07/1683
PAGESIE Jean fils de Jean PAGESIE et Jeanne TARASSANGES : Le 19/01/1685
PAGESIE Jean (la Roffie) fils de Jean PAGESIE et Marie TARASSANGES : Le 06/01/1688

Mariages
BOURBOUZE Antoine x TARASSANGES Catherine : Le 23/08/1669
PAGESIE Jean (fils de Etienne) x TARASSANGES Jeanne : Le 23/08/1672
REYT Pierre x TARASSANGES Anne : Le 30/08/1678
SOULIER Jean x PAGESIE Marguerite (fille de Jean) : Le 25/10/1674
CASTANET Jean x PAGESIE Isabeau (fille de : Le 04/10/1685
PAGESIE Antoine fils de Etienne PAGESIE et Helis BENNE x Marguerite RANTIERRE venant de Fournols : Le 08/02/1668
PAGESIE Jean (fils de Etienne PAGESIE ET Helis BESSINE) x Jeanne TARASSANGES venant de Tarrassanges : Le 23/08/1672
PAGESIE Jean (fils de ?) x CALMETTE Catherine, venant de Calmette : Le 28/08/1683

Sépultures
TARASSANGES Magdelaine : + Le 05/04/1671 (40 a – née vers 1631)
TARASSANGES Antoine : + Le 30/10/1679 (65 a – né vers 1614)
PAGESIE Etienne : + Le 25/09/1676 (72a – né vers 1604)
PAGESIE Etienne : + Le 21/04/1683 (9a – né vers 1674)
PAGESIE Catherine : + Le 25/06/1737 (60a – née vers 1677)
PAGESIE Jeanne : + Le 24/10/1740 (38a e - née vers 1742)
PAGESIE Jean : + Le 08/07/1748 (60a - né vers 1688)
PAGESIE Antoine : + Le 14/11/1752 (79 a – né vers 1683)


[1Voir sa biographie dans le chapitre "Sources"

[2Beaulieu et Saint-Cirgues-la-Loutre sont en Bas-Limousin.

[3Arch. dép. de la Corrèze, E 1657, maître Champeils, Saint-Cirgues-la-Loutre, 17-08-1651.

[4Poitrineau A., Les Espagnols d’Auvergne et du Limousin du xviie au xixe siècle, Aurillac, Malroux-Mazel, 1985, p. 158.

[5Document des notaires de Laroquebrou (Arch. dép. du Cantal, 3 E 224-134), cité par Maugue G., « La vie de La Roquebrou au xviie siècle », Revue de la Haute-Auvergne, avril-juin 2003, p. 151-152.

[6La charge du Roussillon fait 120,216 litres, et la mesure 17,93 litres. La dette en grains se monte à 73.662 litres de blé.
Source : Usages locaux des comtés de Roussillon et de Cerdagne, province de Roussillon, département des Pyrénées-Orientales contenant… poids, mesures, monnaies anciennement en usage, leur rapport avec notre système métrique.- Firmin Vicens – Prades – 1884 – Google livres

[7Aujourd’hui église Saint-Jean le Vieux de Perpignan.

[8Dieu, le roi, les hommes - Perpignan et le Roussillon, 1580-1830 - Raymond Sala -Llibres del Trabucaire, 1996 - 537 pages

[9Droit d’amortissement et « cello » dû au Roi pour raison de certaines fondations et acquisitions faites par ladite rectorie par des personnes laïques

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